mercredi 23 juillet 2008

Qu'est-ce qu'un lien hypertextuel?

La question de la justesse et de l’opportunité du lien appliqué aux termes, aux locutions ou aux séquences verbales dans un hypertexte est au cœur des problèmes de l’écriture contemporaine.
Cette justesse dans le "taggage" des textes domine l’opposition entre ceux qui pensent que l’application des liens est purement conventionnel le et ceux qui, au contraire, affirment que l’hypertextualisation d’un terme révèle sa nature et correspond au fond à son essence. Le « tag » vient alors s’imposer opportunément et selon une nécessité interne dans l’élaboration du texte numérique.

Il importe par conséquent de bien comprendre en quoi consiste « la justesse » d’un lien utilisé dans un hypertexte. Sur ce point les avis ne peuvent que profondément diverger…
« Justesse » peut d’abord se rapporter à la constance de la désignation du terme tagué : ceux qui « taguent » le terme « cercle » reconnaissent la convention selon laquelle, dans la langue naturelle employée, « cercle » va désigner un lien qui mènera vers d’autres termes qui auront un rapport de désignation avec une boucle, une rondeur, une clôture. Mais cette application hypertextuelle peut justement être considérée comme la conséquence de la prise en compte d’une forme tout à fait adéquate, la forme du terme hypertextualisé en tant qu’elle exprime l’idéalité d’une figure consistant en une ligne fermée sur elle-même. La justesse du lien, au-delà d’un rapport de simple désignation, se rapporte ici à la signification adéquate du mot cercle pour ceux qui en font un emploi singulièrement défini, notamment les géomètres.

Viennent enfin ceux pour lesquels l’idéalité de la chose représentée ne suffit pas à justifier l’opportunité du lien ainsi créé : par delà la signification, celui-ci peut très bien instituer un rapport de nature symbolique entre différentes séquences de renvois – ces renvois pouvant figurer non seulement des mots mais aussi des sons, des images, des vidéos, des films… le terme « cercle » venant par exemple à se lier avec l’ensemble des poètes disparus etc.
Dans les différents cas, la question de la justesse du lien devient réflexive. L’opportunité du lien bien placé veut finalement considérer comme un problème celui du bien fondé de l’usage des liens, et par conséquent, de leur rapport avec les différents types de renvois créés. Dans tous les cas, il importe manifestement de savoir distinguer entre la simple désignation, la signification et le symbole expressif mis en relation.
Or cette justesse des liens ne se concentre pas uniquement sur des problèmes ponctuels liés au taggage de certains termes plutôt que d’autres ; elle commande en définitive à la question bien plus générale de l’écriture et de la lecture hypertextuelle en son fond…

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Juillet 2008 dans texte, Web/Tech, Weblogs Tags Technorati: , , , , , , , , , ,
mardi 22 juillet 2008

samedi 7 juin 2008

Paradoxe d'une axiomatique de l'hypertexte


Plutôt que d’en revenir sans arrêt au Phèdre de Platon (pour de plus mal interpréter son prétendu rejet de l’écriture), tournons-nous aussi vers le Théétète et le paradoxe qui sert tout aussi bien d’aporie fondamentale à la construction contemporaine d’une Axiomatique de l’hypertexte dans ce dialogue : comment, avec des éléments privés de toute signification (les lettres, les éléments alphabétiques, les codes sources) produire des phrases infiniment riches de sens ; comment, avec certains éléments codifiés, transformer une suite d’éléments alphabétiques a-sensés (grammatisation) en des paragraphes infiniment signifiants au point qu’ils servent de support et de matrice créative à la Pensée et à la réflexion ?

Cette aporie provient du concept de la pensée chez Platon qui doit nécessairement être considérée comme langage. Le problème apparaît lorsque la langue employée pour penser et réfléchir se révèle être constituée d’éléments en eux-même totalement insignifiants. Il est extrêmement révélateur que Platon dans le Théétète expose cette aporie « grammaticale » parallèlement à une aporie qui touche cette fois aux opérations sur les nombres. Et il est très significatif de constater que le paradoxe précédemment évoqué à propos des lettres dans la langue se pose dans les mêmes termes que l’opposition maintenant exposée entre la somme - to pàn - et la Totalité -to olon - (voir le Théétète 205b-e).

L’arithmétique est un exemple de comparaison excellent puisqu’elle nous montre qu’en maniant des signes très élémentaires nous parvenons à formuler des relations de calcul très complexes. Ce sont en fait des lois de progression, des suites organisant des phénomènes de signes simplifiés qui permettent ensuite l’accès à la sémantique de concepts très élaborés (calcul sur les symboles etc.)

Arithmétique et pensée réflexive, même combat !

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mercredi 4 juin 2008

Lire en silence

Lire un texte chez les anciens, c'est d'abord le prononcer à haute voix . L'entendre.

On se souvient de la surprise de Saint Augustin découvrant Ambroise en train de lire en silence. Nous avons ici comme un réversibilité de la lecture et de la parole. De sorte que lorsque nous lisons, c'est comme si nous découvrions à chaque fois un texte ayant préalablement fait l'objet d'une déclamation. L'art de la mémoire dans cette déclamation renvoie à l'ordonnancement programmé du discours dont on retrouve et reprend les parties au fur et à mesure de la diction.
A l'inverse de tradition philosophique platonicienne où, comme l'a montré la déconstruction, l'écriture supplée la mémoire, dans certains cas de la rhétorique traditionnelle (et peut-être même chez les Grecs aussi), la mémoire artificielle peut aussi suppléer l'écriture...

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lundi 26 mai 2008

le temps et le principe


Le principe a-t-il une consistance ontologique autre que celle de l'esprit lui-même ? Autrement dit, y a-t-il une série objectivement close en dehors de la série instituée par l'ordre même de l'enquête ?

Chez Kant, le principe est présenté dans la Critique de la Raison pure comme le canon du jugement, c'est-à-dire comme la règle accompagnant les effets de cette volonté, elle-même premier principe. Dans ce contexte, le schématisme - principe premier - permet aux concepts purs ou catégories de se rapporter aux phénomènes.

C'est ainsi que le temps devient pour la première fois, de façon aussi ouverte et manifeste, la condition de possibilité d'une saisie une du multiple. Il peut être en rapport avec l'entendement, faculté des concepts et avec la sensibilité, faculté des phénomènes : la première constitue son unité, la seconde sa diversité.

Le temps devient donc le principe des principes comme le je transcendantal était le concept des concepts dans l'Analytique des concepts.

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vendredi 23 mai 2008

Axiomatique et métabologie

1.0 - Je pars du fait que le texte a pour caractère "quasi-transcendantal" d'être labile. Transformable. Ce trait s'actualise totalement dans l'écriture numérique - alors qu'il était quelques fois gommé, inhibé dans l'écriture-papier. La voie me semble donc libre pour la constitution théorique d'une ontologie qui sache tenir compte proritairement de cette qualité remarquable (une métabologie).

1.1 - Ainsi, et pour s'en tenir au régime temporel de la textualité électronique, les délais de publication de l'écriture télématique sont inférieurs à ceux de l'édition, ce qui me permet par exemple d'amender mon texte " en temps réel ", en fonction des informations obtenues, sans les inconvénients d'un différé inopportun etc. Au centre des modifications de ce que nous nommons " texte ", il y a ainsi, précisément, la possibilité de transformer indéfiniment le texte en écrasant ses versions antérieures, auto-destruction où l'e-textualité efface ses traces pourtant initialement publiées.

1.2 - Les technologies numériques transforment tout en chiffres pour ensuite, les transformer en temps de composition, de présentation: et le long de cet axe plurivoque, tout se transforme, la seule question restant de savoir à quelle vitesse; et la seule réponse, d'accélérer.
Le terme "Métabole" traduit et met alors en scène en continue un cycle de transformations textuelles numérisées. Ce sont ces opérations de modification générique et continuée qui sont dans l’hypertexte (un texte qui a pour vocation de mouvementer le texte dont il procède) constamment interrogées.

Ainsi pour Gérard Genette, l'hypertexte désigne « tout texte dérivé d'un texte antérieur par transformation simple [...] ou par transformation indirecte » (1982, p.14). Dans ce sens-là, Ulysse, de James Joyce, est un hypertexte de l'Odyssée d'Homère.
Nous désignons donc dans un sens similaire (mais non identique) par hyperdocument tout document dérivé d'un document antérieur par transformation numérique. Cette transformation est obtenue par le choix d'un principe de navigation correspondant. Chacune des pages générées dans le parcours de lecture est construite par « modules ».

1.3 - L'écriture maintenant s'associe fusionnellement à la forme.
Le graphe sur écran se modifie à même la forme qu'il crée; il se fait comme un échange entre la trace numérique sur l'interface et la forme qui, sur le moniteur, soudain apparaît.
La déconstruction ne soupçonnait pas ce pouvoir: pour elle, la différence différait mais ne se transformait pas. Aucune métamorphose de l'écriture n'était à prévoir.

Or l'échange se fait. Le morphing de la forme et de l'Idée aboutit...

2.0 - Cependant qu’est-ce qui rend possible cette mutabilité, cette capacité extraordinaire de transformation de l’écriture aujourd’hui ?
On pourrait évidemment répondre que ce sont les moyens techniques mis à disposition en vue d'un tel exercice qui expliquent et rendent compte de cette formidable aptitude, apparemment si naturelle. La multiplicité des figures qu’emprunte l’écriture sur le réseau (par texte, son et vidéo) ne serait en somme que le résultat d’une technologie de la communication poussée dans ses plus extrêmes sophistications.

2.1 - Toutefois, n’est-ce pas a contrario dès l’origine ce don de transformation propre à l’écriture qui permet à cette métabolicité originaire de se déployer aujourd’hui si facilement sur écran ?
Cette hypothétique métabolicité générique de la signification, cette capacité quasi-religieuse et symbolique qui s'incarne dans les Ecritures, ne permettrait-elle pas ce passage de la signification imaginaire, cardinale et élargie à la signification dérivée, courante de s’accomplir - partant de la scription la plus classique pour parvenir à la phonographie de la parole enregistrée sur fichiers audio/vidéo ?2.2 - Posons que la signification est d’essence métabolique. Métabolique parce qu’elle est de nature essentiellement imaginaire. Et c’est ce schématisme graphique originaire qui fonctionne au plus près d’un imaginaire radical de la signification qu'il importe maintenant d'interroger…

3.0 - La plénitude du changement se dit en conséquence imaginairement de multiples façons (analytique du changement).
Entre les différentes figures schématiques et la métabole processuelle qui assure la maintenance de toutes ces figures en son centre, se tient un Dispositif d'entre deux. Celui-ci est comme un pouvoir de machination et d'agencement capable de se prêter à l'écriture des plans. Une écriture dynamique.
Nous touchons là à une puissance de transformation originaire. Comme si par l'écriture ainsi transposée nous découvrions un processeur en pleine activité d'échange et de répartition.

4.0 - Notre thèse sera la suivante : le problème de la métabole (métabologie) est tout aussi profond, fondamental, originel que le problème traditionnellement attribué à l'être (ontologie) ou celui du phénomène (phénoménologie).

4.1 - Tout simplement parce que je ne peux venir au problème que pose l'étant qu'à travers celui que pose nécessairement sa mobilité lorsque l'étant se manifeste. Si je pars du problème de l'être au sens le plus abstrait, le concept d'être devient pour moi quelque chose de tout à fait général, quelque chose comme un signe formel; pas même une catégorie, mais quelque chose qui vient au dessus des catégories comme si il était entièrement dépourvu de contenu. Pourtant, les catégories seront toujours définies à partir d'un contenu, alors que l'être est un pur et simple transcendental, plus général encore que les catégories. Dès lors il me devient impossible dans cette optique frontale vis à vis de l'être, de donner vie de quelque manière que ce soit au problème crucial qui concerne l'être. Il devient pour moi une question purement formelle, soumise à la critique des logiciens qui diront : ce n'est là qu'un mot, quelque chose qui n'a de signification qu'en corrélation avec d'autres termes, mais dont la signification concrète disparaît entièrement. En bref, c'est pour cette raison que seul le problème du mouvement - puis celui qui lie ce problème à celui de la manifestation - donne au problème de l'être sa signification et sa profondeur propre.

4.2 - PRINCIPE :La question de la mobilité est posée comme " principiellement " différente de celle de la manifestation comme telle, et de celle, a fortiori, de celle des choses étantes. Ces distinctions fondamentales sont déjà posées chez Aristote.Pourtant la différence de principe entre l'apparition et la chose est toujours déjà affaiblie chez les Grecs, dans la mesure où la manifestation n'est pas radicalement distinguée de l'existence en tant que telle, de la choséité. Seuls les Modernes prépareront véritablement cette séparation accomplie définitivement au cours de notre siècle. Ce qui importait en fait aux Grecs, c'était d'établir la distinction entre les choses du monde ambiant et ce qui nous les révèle. Et ce qui était entièrement distingué, c'est le “gignesthai” d'une part (devenir) et le " ti on " (être) de l'autre.

4.3 - Il appartient certainement à notre époque de faire valoir à son tour, au delà de l’étantité de ce qui est, au-delà de la manifesteté de ce qui paraît, de ce qui se présente, de faire valoir donc la métabolicité, c’est-à-dire le caractère métabolique de ce qui devient, de ce qui survient, de ce qui arrive, de ce qui nous arrive…

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samedi 17 mai 2008

Le texte qui change



Le texte a pour caractère "quasi-transcendantal" d'être labile. Transformable.


Ce trait s'actualise totalement dans l'écriture numérique - alors qu'il était quelques fois gommé, inhibé dans l'écriture-papier. La voie est donc libre pour la constitution théorique d'une ontologie qui sache tenir compte "fondamentalement" de cette qualité remarquable (une métabologie).


Ainsi, et pour s'en tenir au régime temporel de la textualité électronique, les délais de publication de l'écriture télématique sont inférieurs à ceux de l'édition, ce qui me permet d'amender mon texte " en temps réel ", en fonction des informations obtenues, sans les inconvénients d'un décalage. Au centre des modifications de ce que nous nommons " texte ", il y a ainsi, précisément, la possibilité de transformer indéfiniment le texte en écrasant ses versions antérieures, auto-destruction où l'e-textualité efface ses traces pourtant initialement publiées.


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mercredi 14 mai 2008

L'excès et le défaut des énoncés


Le coeur de l'hypertexte est dans la prise en compte des disruptions, des passages chaotiques entre les énoncés inévitablement perturbateurs du Texte.

Nous passons en effet d'un Texte vrai mais qui n'existe pas, jamais écrit - et qui aurait pu exister à travers les énoncés dont il assure la synthèse - à la présentation d'un Livre qui expose la contrefacture d'une Fiction jouant avec son référent (quel statut en effet accorder à l'autofiction, l'autographie d'une écriture-papier qui se sait de toute façon informée par les procédures stylistiques d'un Hypertexte?)

Pour autant, il existe un temps où le lecteur, tout comme l'auteur, sont simultanément dans les deux modèles; l'hypertexte tient là son devenir - et c'est une structure décisive de sa dynamique en ce qu'elle révèle l'excès et le défaut des énoncés s'enchaînant dans le parcours, le manque et le surplus, le point d'équilibre du jour autographe...


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